La beauté de la Pâque trouve son origine dans l’histoire du peuple juif, là où YHWH lui-même institue une fête pour que l’on se souvienne, génération après génération, d’une délivrance spectaculaire : la sortie d’Égypte (Exode 12). Une délivrance tangible, physique, historique mais qui n’était, en vérité, que l’ombre de La préfiguration d’un combat plus profond.
Car si Dieu les fait sortir d’Égypte en une nuit, il leur faudra quarante ans pour que l’Égypte sorte d’eux. Malgré la mer Rouge traversée à sec, malgré la manne et les miracles, le peuple garde la nostalgie du pays de l’oppression : « Nous nous souvenons des poissons que nous mangions en Égypte… des concombres, des melons… » (Nombres 11:5).
Les chaînes visibles sont tombées, mais celles de l’esprit sont encore là… L’homme peut quitter le lieu de son esclavage sans quitter la mentalité d’esclave.
Et c’est là que nous sourions, c’est là que s’ouvre la profondeur du mystère pascal. Car si la première Pâque libère de la servitude des Pharaons, la seconde libère de la servitude de ce qui nous donne la nostalgie des Pharaons, la nature du péché. Ce que nous célébrons aujourd’hui en tant que chrétiens (la mort et la résurrection de Jésus-Christ) est bien plus qu’une simple tradition : c’est l’accomplissement d’un projet éternel beaucoup plus vaste que L’Egypte ou qu’une mort qui devait rendre Jésus plus célèbre.
Certes, on entend souvent débattre : doit-on fêter la Pâque ou Pâques (Pessa’h) ? Faisant de la présence d’un « s » présent ou absent l’éternel combat de ceux qui ont de la salive à gaspiller mais que l’on ne se trompe pas : Pessa’h était prophétique, elle annonçait déjà l’Agneau véritable, celui dont Jean le Baptiste dira : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29)… CELUI-LÀ QUI ÔTE L’ÉGYPTE DE VOUS. » Dieu, en parfait stratège, utilisait les symboles d’hier pour révéler la substance d’aujourd’hui.
Ce n’est plus seulement le souvenir d’une mer rouge qui s’est ouverte, mais celui d’un voile qui s’est déchiré. Et à travers ce voile, nous avons désormais accès au Père, non en tant que nostalgiques, mais en tant que Fils de Dieu. C’est pourquoi il ne suffit pas de sortir d’Égypte si notre appétit est toujours pour ses concombres. Il ne suffit pas d’être libre si notre désir profond reste captif. Il ne suffit pas de marcher vers Canaan si notre cœur bâtit encore des veaux d’or.
La puissance de la Pâque chrétienne, c’est que nos membres ont été crucifiés avec Christ et c’est alors que nous comprenons ce que Paul écrivait aux Corinthiens : « Car l’amour de Christ nous presse, parce que nous estimons que si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts ; et qu’il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Corinthiens 5:14-15).
Alors oui, nous avons été sortis de l’Égypte. Mais que cette année soit celle où l’Égypte sort enfin de nous. Que cette Pâque marque une réorientation radicale, non seulement de nos pas, mais de notre regard, de nos désirs, et de notre identité. Parce que Christ est ressuscité, tout est désormais possible.
Guy-Christian MAVIOGA




