Durant un temps de prière et de méditation, une pensée s’est imposée à moi : le royaume de Dieu est un royaume de réjouissance. Et aussitôt une question a suivi, comme un curseur intérieur : suis-je, en ce moment, dans la joie malgré tout ? Cette question n’a rien d’anecdotique. Elle est une manière de vérifier, à tout instant, si nous vivons encore pleinement le royaume de Dieu comme nous l’avons été appelés ou si nous nous en sommes discrètement éloignés. D’ailleurs l’Apôtre Paul nous exhorte d’une manière on ne peut plus insistante à nous y appliquer :
Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous. (Philippiens 4:4)
Demeurer dans la joie du salut
Dans les Béatitudes, son enseignement le plus célèbre, Jésus ne parle pas de règles ou même de devoirs, mais de bonheur. Il déclare : heureux les pauvres en esprit, les affligés, les débonnaires, ceux qui ont faim et soif de justice, les miséricordieux, les cœurs purs, ceux qui procurent la paix, et même ceux qui sont persécutés pour la justice. Il termine par ces mots : « Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » (Matthieu 5:12)
La réjouissance n’est donc pas réservée aux circonstances faciles. Elle est appelée même dans la persécution et les difficultés. Étant dans le royaume, nous vivrons des oppositions et de farouches batailles, mais notre joie, cet état intérieur qui vient de notre salut doit demeurer intacte.
Ne pas attrister le Saint-Esprit
Lorsque nous cultivons des états intérieurs contraires à la joie, nous attristons le Saint-Esprit appelés à opérer avec nous et en nous au travers de la joie, et d’autres émotions positives.
N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption. (Ephésiens 4:30)
Attrister le Saint-Esprit signifie sortir du cadre dans lequel il peut opérer pleinement avec nous et nous en tant que véhicule céleste sur la terre. C’est le mettre mal à l’aise, et finalement, inopérant.
Il est important de ne pas sortir des dispositions, de l’état intérieur idéal dans lequel il peut pleinement exprimer la bonté et l’amour de Dieu à notre égard. Cette attitude favorise ses actions non seulement à notre bénéfice, mais également à celui des autres et permet que ses buts soient atteints.
Dans la lettre aux Galates, l’apôtre Paul décrit le fruit de l’Esprit comme une réalité multiple, où l’amour se déploie sous plusieurs facettes, et la joie en fait partie intégrante.
L’amour de Dieu déposé dans notre cœur peut être affecté par les circonstances de la vie, mais nous ne devons jamais nous en éloigner durablement. Cultiver la joie en toutes circonstances devrait devenir une habitude presque instinctive, car nous avons obtenu en Jésus le salut et la délivrance. Et il faudrait considérer la joie, non pas seulement comme une réaction, mais comme un fruit que l’on choisit de laisser mûrir.
Pourquoi devons-nous nous réjouir ?
Se réjouir n’est pas une option dans la vie chrétienne, mais une conséquence directe de ce que nous avons reçu. Trois raisons majeures nous y invitent.
La première tient à la nature même du royaume. En Jésus-Christ, nous avons obtenu le salut et avons été introduits dans le royaume de Dieu, un royaume d’abondance et non de manque. Paul l’exprime ainsi :
« Vous avez tout pleinement en lui » (Colossiens 2.10)
C’est un état de conscience où tous nos besoins sont pourvus sans limite, où rien n’est impossible. Connaître cette réalité entraîne naturellement la réjouissance : c’est exactement ce que demandait Jaebets lorsqu’il priait Dieu d’éloigner de lui la souffrance (1 Chroniques 4.10). Il demandait, en réalité, à entrer pleinement dans l’abondance et par conséquence la joie du royaume.
La deuxième raison est que la joie agit comme un remède naturel.
« Un cœur joyeux est un bon remède, mais un esprit abattu dessèche les os » (Proverbes 17.22).
La joie et la tristesse ont un impact réel sur notre santé physique et mentale : l’une apporte réconfort et vitalité, l’autre peut littéralement épuiser le corps. Se réjouir, c’est donc aussi prendre soin de soi. L’une des stratégies de l’adversaire consiste à nous éloigner de Dieu par la plainte, la frustration et le stress, et reconnaître cette stratégie permet de s’en prémunir.
Enfin, la joie est une force. Néhémie 8.10 le rappelle :
« La joie de l’Éternel sera votre force. »
C’est elle qui entretient l’enthousiasme nécessaire pour avancer, tenir un cap et atteindre les buts que Dieu place devant nous, et donc notre destinée. Sans elle, la persévérance s’essouffle.
Deux moyens pour retrouver la joie en toutes circonstances
Nous ne réalisons sans doute pas assez la puissance des actions de grâce. Même accablés, rien ne nous empêche de nous ressaisir grâce à cet antidote simple. Souvent, notre regard reste focalisé sur ce qui nous manque plutôt que sur ce que nous possédons déjà. Ce qui pourtant représente beaucoup. Ces moments d’actions de grâce doivent durer jusqu’à ce que la joie revienne et que la tristesse ou toute autre émotion négative s’évanouisse.
Il faut aussi retenir que, comme des parents donnent plus naturellement à un enfant reconnaissant qu’à un enfant qui se plaint, Dieu n’est pas différent : dans le royaume, l’attitude du cœur ouvre ou ferme des portes.
Le second moyen est la louange. Dès que nous sentons la joie ou la bonne attitude de cœur s’éloigner, un geste simple permet de nous replacer : chanter, louer, adorer. Le psaume 34 l’exprime ainsi :
« Je bénirai l’Éternel en tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche. »
Qu’il s’agisse de cantiques joyeux ou d’une adoration silencieuse et profonde, la louange élève l’âme et nous transporte dans la présence de Dieu, là où la réjouissance redevient possible.
Si nous voulons vivre pleinement le royaume, et donc le bonheur sur terre, nous devons apprendre à garder ce curseur de la joie allumée. Il ne s’agit pas de nier les épreuves, mais de les traverser avec gratitude et louange, en étant sûrs que la joie de l’Éternel demeure notre force.
Dominique TAKOUDJOU




